« Si on allait à la pêche ? » disait le pêcheur à l’asticot.
Dans cette parabole Brecht nous présente un pays imaginaire : le pays de Yahoo. Parmi la population de ce pays, certains sont riches, beaucoup sont pauvres… et bien entendu, les pauvres travaillent pour les riches. Par ailleurs, à Yahoo vivent deux sortes de gens : les uns ont la tête ronde, les autres la tête pointue. L’objet de la pièce est simple : montrer que la différence de fortune prévaut sur celle des races. Le décor est posé, l’expérience peut commencer…
A Yahoo, c’est la crise. La récolte a été excellente, mais les prix ont tellement baissé que ceux qui l’ont produite ne parviennent pas à en vivre. La révolte gronde, rien ne va plus ! Alors le gouvernement réagit : leaders charismatiques, insécurité, haine raciale, manipulation médiatique, actions en justice, boucs émissaires et hommes de paille… Toute ressemblance avec des situations contemporaines ou avec des personnes existantes ne peut être que fortuite… puisque la pièce a été écrite au début des années 30.
C’est fortuitement que le nom de Yahoo évoque aujourd’hui Internet, c’est tout à fait par hasard que la date de la grande révolte populaire contre le pouvoir tombe dans la pièce un onze septembre. Lorsque Brecht écrivit cette parabole, ce n’était pas pour raconter l’histoire d’un pays imaginaire, mais pour mettre en garde le peuple allemand contre la montée du nazisme. Si les allusions à Hitler et au communisme peuvent aujourd’hui nous paraître bien poussiéreuses, les mécanismes que cette pièce dénonce avec un humour cynique sont plus actuels que jamais. Pas plus que Bertolt Brecht, nous ne sommes là pour vous raconter l’histoire d’un pays imaginaire… et les ressemblances avec des situations réelles ou des personnes existantes ne seront finalement pas si fortuites que cela.