Le metteur en scène, Mario Gonzalez propose ici une adaptation masquée de l’œuvre considérée comme la comédie la plus sombre du répertoire de Monsieur Poquelin, George Dandin ou le Mari confondu. Tous les ingrédients de la farce sont présents : un riche paysan, de nobles parents désargentés, prêts à tout, y compris « vendre » leur fille au plus offrant pour refaire fortune, des serviteurs intéressés, une belle demeure et une nuit noire où tout est permis. Comment tout cela peut-il donc tourner à la tragédie ?
Monsieur et Madame de Sotenville n’ont plus de la noblesse que le titre et se voient contraints de trouver une solution pour redorer le blason familial. Se présente alors le riche George Dandin qui fera un parfait « Monsieur de la Dandinière » en prenant la main de la jeune Angélique en échange de sa fortune. Bien entendu, l’épouse n’a pas de regard sur les termes de ce contrat et la seule façon qu’elle a de désapprouver cette union forcée est de se refuser à accomplir son devoir conjugal. Elle n’est d’autre part, pas insensible aux charmes d’un courtisan, le vicomte Clitandre qui n’est autre que son jeune et fringuant voisin. Le mari tentera d’éclairer ses beaux-parents sur cette manigance, vaine tentative puisque leur intérêt est de sauvegarder ce mariage.
La mise en scène de Mario Gonzalez associe intelligemment les codes d’une représentation classique, de la commedia dell’arte et du théâtre de masques. Les protagonistes sont tous à demi couverts d’un masque caricaturant les spécificités de leur personnage. Ainsi, le couple Sotenville porte comme un étendard la figure de la cruauté tandis que ce pauvre George Dandin est la sincérité incarnée. Les traits sont de surcroît grossis par le jeux des personnages annexes comme les serviteurs Claudine et Lubin qui empruntent leurs cabrioles à Colombine et Arlequin. L’enjeu délicat de cette adaptation était de ne pas masquer en revanche, l’aspect tragique de cette situation et le sort pathétique de l’époux. Le pari est hautement relevé.
Si les références théâtrales sont nombreuses, la mise en scène est suffisamment épurée pour ne pas étouffer le propos. Le plateau est simplement revêtu d’un cercle de pavés peints qui nous projette dans la cour de la demeure et ce sont les costumes de Sylvie Berthou qui composent ainsi l’élément historique nécessaire au décor. La direction d’acteur propose un échange verbal constamment en direction du public ce qui permet de donner véritablement à entendre les sublimes répliques de George Dandin.
Le comédien Christophe Patty dans le rôle-titre confère à son personnage un caractère incroyablement attendrissant dans son humiliation. Enfin, saluons également tout particulièrement, le travail plastique d’Etienne Champion qui a créé les masques et interprète ici le détestable Monsieur de Sotenville. Nous applaudissons donc de bon cœur Mario Gonzalez et ses acolytes du Collectif Masque (Mariana Araoz, Etienne Champon, Christophe Patty et Sylvie Berthou) qui sont parvenus à dessiner ce tableau de famille si consternant et si drôle dans sa tragédie !
George Dandin
De Molière
Mise en scène de Mario Gonzalez
Avec Mariana Araoz, Étienne Champion, Évelyne Fagnen, Stephan Kalb, Marcela Obregon, Christophe Patty et Éric Tinot.
Assistant à la mise en scène : Didier Girauldon. Scénographie : Bertrand Siffritt.
Costumes : Sylvie Berthou, Emmanuelle Balon et Michèle Amiel.
Masques : Étienne Champion. Lumière : Jean Grison.
Théâtre 13
103 A, boulevard Auguste-Blanqui
75013 Paris
Métro : Glacière
Réservations : 01 45 88 62 22
Site :
www.theatre13.com