Il était une fois, rue Gabriel Péri à Ivry sur Seine, un garage abandonné. 3.000 mètres carrés répartis en jardin, hangars, et petite bâtisse à l’entrée. C’est l’histoire d’un espace devenu inutile, laissé en ruine ; et c’est aussi l’histoire d’un collectif qui se consacre à la réhabilitation pour la réutilisation d’espaces dormants, pour ne pas dire mourants.
Il y a un an et demi le collectif Sans Plomb a donc élu domicile au 38 de la rue G. Péri afin de créer un espace multiple et vivant où les arts au sens le plus large pourraient se côtoyer devenant ainsi un espace dynamique et riche. Bien-sûr le collectif n’avait pas et n’a jamais eu de titre de propriété et ça a été très difficile de faire comprendre à la mairie « qu’on vient ici pour bosser. » Grâce aux tendances communistes de ladite mairie, certaines subventions ont pu être obtenues, mais à cause de ces mêmes tendances l’autogestion du collectif ne pouvait être vue d’un bon oeil. Fin avril 2009 la sentence est tombée : après un an et demi d’un développement artistique au rendement inespéré, c’est l’expulsion et l’amende. « Ca va devenir une clinique pour handicapés mentaux. C’est plutôt bien. Dès que les bulldozers viendront on rendra les clés. Aucun problème, annonce Albin tranquille. »
Albin, ingénieur du son, cofondateur du collectif Sans Plomb, nous propose une visite guidée de ce lieu qui continuera encore pendant un peu plus de deux mois à proposer tous les week-ends diverses activités théâtrales, musicales et autres. En route.
A l’entrée, il y a une petite maison en brique, à mi chemin entre la bastide provençale et la guérite de garde d’un bâtiment officiel. C’est là que sont les chambres des occupants – sauf celle d’Albin qui dort sur son lieu de travail principal, dans le studio d’enregistrement. Ensuite on pénètre dans une première grande salle, légèrement carrelée à gauche pour faire une scène et avec, sur la droite un comptoir que surplombe un écriteau qui semblerait être de l’ardoise et où il est écrit : bar. Tout de suite à droite, une aile : c’est la salle d’expo et, à l’occasion, de concert. C’est, avec la « nurserie » (espace totalement sécurisé et adapté pour les enfants), l’une des vitrines du collectif sur la rue. Dans la salle principale, des tentures roses, récupérées au salon de la médecine douce, s’emmêlent et donnent un coté festif à la tôle gondolée qui sert de mur de séparation. Les tables basses dans ce coin sont des bobines de câble industriel. Du coté de la scène un lumineux Firestone est toujours là, témoin de l’histoire mécanicienne du lieu.
On passe ensuite à la grande salle de discussion. De grands bureaux de chambre d’ados ou de secrétaires sont disposés dans toute la pièce et bordés de chaises défraîchies et de canapés. Au mur, de grandes peintures sur drap et au plafond la tôle alterne avec du plastique translucide qui laisse passer les rayons printaniers et les lueurs des orages. Tout de suite à droite un escalier en bois monte directement à l’étage dont las balustrade suit la profondeur, immense au demeurant, de la salle. Là-haut on trouve l’atelier plastique jonché de scie, de ballons d’eau chaude rouillés et de pots de peinture ; et puis surtout c’est là que se trouve le studio d’enregistrement, scindé en deux comme il se doit : d’un coté la salle de contrôle – la chambre d’Albin – de l’autre le studio, parfaitement insonorisé au prix de gigantesques efforts. A priori plus d’un groupe y a déjà mis en place des maquettes qui n’ont rien à envier à des studios moins... intimes.
Enfin, on passe à l’immense jardin. Il faut savoir que le jardin est le dernier tableau de la pièce itinérante de la Compagnie Niza, intitulée Ainsi soit-il, car c’est là que se déroule l’Apocalypse. C’est pourquoi outre une caravane et l’enclos de Vladimir – le bouc du collectif que l’on a été obligé de rendre à la SPA à cause de ses multiples tentatives d’évasion – on peut y voir la navette spatiale de Jésus, un mur de télévision, le bar de Jésus et autres incongruités, souvent rattrapées par une végétation sauvage et affamée, relatives à l’art dramatique et déjanté de la Compagnie Niza accueillie par le Sans Plomb.
Il faut profiter des dernières semaines d’existence de ce lieu incroyable avant que la légalité n’en prenne possession. Et en voici l’occasion avec la reprise de Ainsi soit-il de la Compagnie Niza, les samedis 2 et 9 mai et 20 juin à 20h00 et les dimanches 3, 10, 24 mai, 21 et 28 juin à 18h00. Voir également les ateliers, les concerts et toutes les manifestations culturelles et artistiques du Sans Plomb sur www.myspace.com/spivry
Au Sans Plomb
38, rue Gabriel Péri
94200 Ivry sur Seine