Curys Cornut, photographe de l'urbain et du multi-culturalisme
Auteur : Éloïse Bouton
Date de publication : 10/06/2009
Français d'origine Irano-Irakienne, Cyrus Cornut voit le jour en 1977. De Bagdad à Paris, en passant par le Caire, le jeune artiste développe une fascination pour le principe du palimpseste urbain et entreprend de photographier la la ville, ses évolutions, ses trames et ses traces, ses vides et les comportements humains qu’elle induit. En 2006, son travail sur les mégalopoles chinoises est exposé aux Rencontres Internationales de la photographie d’Arles sous la direction artistique de Raymond Depardon. Cette même année il rejoint le collectif Dolce Vita et devient membre de la coopérative Picturetank en 2007. Rencontre avec ce "sublimeur d'urbanité".
Quel a été votre parcours avant d’être photographe ?
En tant que fils d'expatriés, j'ai eu la chance de voyager et vivre ailleurs. J'ai notamment passé mon enfance à Bagdad et un peu plus tard au Caire. J'ai suivi des études de mathématiques supérieures, de sciences et d'architecture. J'ai cherché ma voie pendant longtemps sans trouver ce qui pouvait me permettre d'embrasser la richesse du monde, et ce sans jamais penser à la possibilité de faire de la photographie.
En quoi vos origines irano-irakiennes et votre enfance faite de voyages sont-elles une influence dans votre travail ?
En 2006, agacé par le traitement médiatique caricaturale infligé à l'Iran, j'ai décidé d'aller dans ce pays. Je ne connaissais l'Iran qu'au travers de l'extrapolation que je pouvais faire de la connaissance d'une partie de ma famille maternelle. Partant du constat que l'iconographie véhiculée tournait principalement autour de l'extrêmisme et du problème du nucléraire (et en noir et blanc bien sûr, pour en souligner l'archaÏsme), j'ai voulu produire une série d'images fortes en couleurs, sans me focaliser sur la barbe et le voile comme peuvent le faire nombre de photographes occidentaux qui tombent dans le piège de l'exotisme. Il s'agissait pour moi de montrer simplement une vie de tous les jours, celle de la résistance du quotidien, et du désir de liberté. Le propos n'était pas de nier les effets néfastes du pouvoir en place, mais simplement de montrer que dans un pays que l'ont envisage de bombarder pour quelques raisons que ce soit, vivent des êtres humains. Aujourd'hui je travaille essentiellement sur l'urbain et plus précisémment sur le "sentiment de ville".
Pouvez-vous expliquer le "déclic" que vous avez eu en 2005 à Pékin ?
Je suis parti en Chine en 2005, avec dans l'idée de trouver un travail dans une agence d'architecture à Pékin. Le hasard a fait que j'ai commencé à y rencontrer des photographes de divers horizons. A Paris, je ne connaissais pas de professionnels de la photographie. J'ai rencontré Anaïs Martane, Patrick Swirck, Bertrand Meunier, Stéphane Lavoué, Laurent Villeret... Certains ne s'en souviennent sans doute pas, d'autres sont devenus des amis. Ces rencontres ont été trés importante pour moi, je découvrais un univers et ce mode de vie m'a plu. J'étais en plein doute sur ma volonté à faire de l'architecture mon métier. Je me suis mis à photographier de manière plus systématique. En rentrant en France, j'ai découvert le "réseau", les festivals....alors j'ai tenté ma chance.
Comment avez-vous opéré ce passage contradictoire des grandes forêts tropicales aux chaos des grandes métropoles ?
Plus jeune, j'étais passioné par la faune, la flore, les grandes forêts tropicales. C'était une réelle obsession. De part mes origines, je portais en mo à la fois le conflit Irako Iranien et celui le l'occident contre l'orient. L'idée de la grande forêt me parraissait comme le dernier refuge du monde vivant face à la modernité. Un rêve de gosse, pas si loin d'une réalité... Mais voilà, j'ai goûté à la forêt tropicale humide, notamment lors de courts séjours à Bornéo, Java et Sumatra et j'ai vite déchanté. Pas fait pour nous du tout ces écosystèmes! Carémment hostiles même. La lecture du livre de Pierre Sansot, "Poétique de la ville" a pour moi été une révélation. J'ai commencé à aimer la ville, à la voir comme un écosytème. Dès lors je pouvais m'y sentir comme ailleurs dans le monde terrestre, comme un petit être humain parmis les autres, un individu de la biomasse dans un biotope reconstitué... Comme un poisson dans un océan!
D’où vous vient cet attrait pour les espaces urbains ?
Cet attrait me vient du rapport personnel que j'entretiens avec la ville. Je m'y mets en rapport comme un nouveau né est en rapport avec le tout. En psychanalyse, on appelle cela le sentiment océanique. D'ou le titre phare de mon travail sur les métropoles: "les villes sont comme des océans".
Quels sont vos projets actuels ?
Aujourd'hui, je continue à travailler sur la ville, le sentiment de ville, le sentiment d'être parmi les autres. Pour cela, je pars faire des portraits personnels de villes. L'année dernière, j'ai travaillé sur Ankara, Osaka et New York. Là, je reviens tout juste de Bombay et prévois avant la fin de l'année de poursuivre sur Dubai, Séoul et Le Caire..
Je mène également un travail à long terme sur les paysages de ma banlieue parisienne et notamment sur la plastique dessinée par l'urbanisme des années 60. Une partie de ce travail se fait dans le cadre d'un grand projet collectif qui regroupe 16 jeunes exposants des rencontres d'Arles 2006. Ce projet tourne autour du thème du territoire Français et s'organise en parallèle du projet de Depardon "La France en 20x25".
Je poursuis également un projet de long terme, pkus humain, commencé il y a quatre ans et prévu pour être achevé en 2015, mais je ne peux pas en parler pour l'instant.
Qu’est-ce qui vous manque aujourd’hui ?
Là, je ne vais pas être trés original. Il me manque une seule chose, de l'argent, d'autant que je m'obstine à travailler en pellicule, pour un bon nombre de raisons qui pourraient à elles seules faire l'objet d'un débat! De l'argent donc, un mécène.... Tout ce qui peux m'aider à me financer.
Mis à jour : 10/06/2009
Credits photos : Cyrus Cornut
Remerciements : Cyrus
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