Mathieu Sapin, précurseur d'un nouveau genre ?
Auteur : Charlène LAFONT
Date de publication : 18/02/2010
Auteur-dessinateur de BD originaire de Dijon, Mathieu Sapin a assisté au tournage et à l'après-tournage du film à succès de Joann Sfar, "Gainsbourg (Vie héroïque)". Après la sortie, le 20 janvier dernier, du premier tome de "Feuille de chou", le journal de l'après-tournage sera bientôt disponible en librairie. En attendant sa sortie, Mathieu nous raconte son expérience hors du commun qui fera peut-être de lui, le précurseur d'un nouveau genre.
De l'ombre, ce n'est pas peu dire à propos du métier qui est celui de Mathieu Sapin durant ce tournage. Quatre mois dans l'ombre du réalisateur, des acteurs, des techniciens...discret, à travailler sur un projet que personne ne comprend très bien. Mathieu Sapin, est l'un des précurseurs dans le genre...Avec Gainsbourg (Vie héroïque) de son copain Joann Sfar, il devient le premier « croqueur » de film. Sort d'ailleurs bientôt un second tome. Le journal de l'après tournage. Du montage à l'accueil du film en salle, Mathieu poursuit sa lancée.
Passionné dès l'enfance par le dessin, il crée ses premières planches à dix ans. Au collège, il enchaine les cours du soir et c'est tout naturellement qu'il rentre à l'école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg. L'option illustration est réputée, mais gagner sa vie grâce à la BD, quelle idée ? Il songe alors à la maquette, à la pub...Au moment du service militaire, objecteur de conscience, il se réfugie à au musée d'Angoulême. Là-bas, il rend service à l'État à travers une association. Pendant vingt mois, Mathieu ne gagne pas un sou mais passe ses journées à travailler avec des enfants, il leur apprend la BD. C'est le déclic ! La bande dessinée sera sa vocation à temps plein sinon rien. Il rentre alors à Strasbourg et fait un pari risqué. Bien que mal considérée, son projet de fin d'études est une bande dessinée.
Diplôme en poche, il enchaine les travaux pour Bayard Jeunesse et notamment des illustrations d'œuvres littéraires façon comics. C'est à cette occasion qu'il rencontre Joann Sfar, le dessinateur et futur réalisateur. Accompagnés de deux autres passionnés, Christophe Blain et...Riad Sattouf, qui n'est autre que le papa du carton au cinéma « Les beaux gosses », les garçons montent leur atelier à Paris, chacun travaillant sur ses propres créations. Alors que Joann fait ses premiers pas en tant que réalisateur, un copain de la bande, Lewis Trondheim, auteur et éditeur chez Delcourt Editions propose à Mathieu de prendre sa place sur le tournage. L'idée ? Croquer l'équipe du film « Gainsbourg (Vie héroïque )» afin d'en faire un livre.
Mathieu se lance alors avec comme seul mot d'ordre, la liberté. Au départ, il improvise. Mais très vite, il se rend compte que dessiner « en live » est impossible. Alors il crée le moyen de récupérer un maximum de choses en un minimum de temps. Pour fixer les « scènes » hors caméra, il les photographie. A côté, sur un carnet, il note les discussions, les commentaires en laissant du blanc, de grands espaces blancs. Une fois dans son atelier, Mathieu retrouve les photos qu'il a fait dans sa journée. Il peut enfin ajouter de son crayon, à même son carnet, au travers des annotations et des bulles, les décors et les personnages. Il remplit les espaces laissés blancs pour composer sa planche finale. En d'autres termes, le travail de Mathieu n'est pas une reconstitution. Il n'y a pas de marche arrière possible.
Pour chacune de ses planches, le moteur est l'étonnement, l'amusement. Mais il ne peut rien forcer. Alors parfois, le temps peut sembler long, trop long, même sur un plateau de cinéma. Mais l'intérêt est partout, dans tout ce qui fait que le film existe ou plutôt dans tous ceux qui font que le film existe ! Mais personne ne se « méfie ». Parfois, certains regardent par dessus son épaule et repartent frustrés de n'avoir rien pu déchiffrer. Alors, ils évoluent sans se soucier, à l'aise devant un dessinateur fort de son capital sympathie.
A l'arrivée, Mathieu découvre un autre rythme de travail. Personne ne l'attend pour vivre, avancer, parler, rire. L'isolement a laissé la place au contact. La réalité a remplacé l'imaginaire. Il doit être plus précis, rester juste sans être blessant. Et pourtant il fait bien de la BD. Mais, il est prêt à recommencer, à croquer à nouveau, que ce soit le monde très fermé du cinéma ou autre. Grâce à cette expérience, il ouvre cet univers dessiné à un nouveau genre et peut-être, qui sait, ébauche-t-il les contours d'un nouveau métier.
Mis à jour : 20/02/2010
Credits photos : Olivier Roller, Delcourt Editions
Remerciements : Mathieu Sapin
Sources : Mathieu Sapin
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