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Le fil rouge du cinéma

Alain Broders revient sur son métier de scénariste. 

Auteur : Éloïse Bouton
Date de publication : 18/03/2010

Alain Broders
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Il sévit dans l’ombre et nous concocte des histoires sur mesure pour nous faire rêver. Le scénariste occupe une place clé dans la réalisation d’un film et porte une lourde responsabilité. Toutefois, alors que notre ère fait des acteurs de cinéma des stars interplanétaires et célèbre les réalisateurs devenus les rois d’Hollywood, la profession de scénariste demeure méconnue du grand public et souffre d’un manque de reconnaissance. Alain Broders, 53 ans,  nous livre ses impressions sur son métier. 

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"Un scénariste doit être rigoureux, avoir beaucoup d’idées et savoir raconter des histoires", explique Alain Broders. Ce scénariste parisien n’est issu ni de la Femis ni du cercle fermé du cinéma français. C’est dans la publicité qu’il fait ses premières armes. Pendant dix ans, Alain travaille comme concepteur rédacteur puis directeur de création. A 30 ans, il fuit ce milieu où "l’argent est trop cher" et écrit alors des scénarii pour la télévision sans grand enthousiasme. Un jour, il croise le chemin de Gilles Adrien, scénariste de Delicatessen et de La Cité des Enfants Perdus de Jean-Pierre Jeunet, qui lui commande un premier long-métrage pour Rachid Bouchareb. Le résultat, une comédie intitulée L’Honneur de ma Famille voit le jour en 1997. 

Aujourd'hui, Alain vient d’achever une collaboration avec X-Réseau, structure partenaire du Théâtre Paris Villette, qui vise à développer la fusion entre les arts vivants et Internet. Chapeauté par Jean-Paul Delore, le projet Par Hasards (parhasards.fr) a été entièrement conçu sur le web via Skype. L’essor permanent d’Internet et du multimédia engendre des besoins d’écriture mais il reste cependant très compliqué de vivre de ses scénarii et la précarité gangrène la profession. En effet, le scénariste n’est pas considéré comme un technicien de l’audiovisuel mais comme un travailleur indépendant rémunéré en droits d’auteurs. Des sociétés d’auteurs telles que la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) protègent ses créations. 

Au quotidien, un scénariste peut travailler sur commande d’un réalisateur, ce qui signifie "savoir mettre son ego de côté" ou démarcher des producteurs. Alain déplore le fait que le script soit relégué au second plan au profit des relations et du réseau de chacun. "La loi du cinéma, c’est le script. Le cinéma français est voué à disparaître car on ne met pas l’argent là où il faudrait. Aux Etats-Unis les scénaristes sont plus justement rétribués". Alain souligne l’importance de rester motivé, déterminé et de faire preuve d’un peu de grâce pour réussir à vivre de cette profession. Actuellement, il écrit un scénario pour les nouvelles aventures du Petit Prince, une coproduction internationale. Mais le métier de scénariste n’est que l’une des cordes à l’arc d’Alain. Boulimique de projets mais pas dispersé, il s’investit dans des aventures humaines et intellectuelles qui le grisent. 

Valium, commencé il y a quinze ans, en fait partie. D’abord un ouvrage, le projet s’est mué en manuscrits accompagnés de dessins et de collages, formant une centaine de pages. Plus tard, Valium prend la forme d’un groupe de punk dans lequel Alain fait des lectures musicales de son texte qu'il définit comme "la réduction du verbe jusqu’aux deux lignes que je laisserais sur mon épitaphe". Ainsi, l'ouvrage rétrécit au fil des années tout en prenant des formes diverses. En 2009, Alain a réalisé un premier film avec une jeune fille nommée Suzanne mêlant texte et vidéo et prépare actuellement un second volet de Valium, sorte d’essai sur la trilogie de la parole, de l’image et de l’idée. Et quand on lui demande ce qu’il conseille à ceux qui souhaitent devenir scénariste, de rétorquer "chacun sa chance et bon courage à tout le monde". 

Mis à jour : 18/03/2010

Credits photos : Alain Broders

Remerciements : Bro

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