Entretien avec le directeur musical Sébastien Daucé
Auteur : Éloïse Bouton
Date de publication : 27/06/2011
A l’occasion de sa 18e édition, le festival Musique et Mémoire engage une résidence permanente de trois ans avec Correspondances. Sébastien Daucé, directeur musical, organiste, claveciniste et co-fondateur de cet ensemble phare de la scène baroque revient sur cette collaboration et sur ses projets.
Je connaissais le festival depuis plusieurs années et suis sensible à la qualité et à l’exigence de la programmation, qui entre bien en résonance avec notre propre projet. Elle suppose une vraie relation de confiance avec le public, et part du principe que ce celui-ci est exigeant, curieux et fidèle. La rencontre avec son directeur Fabrice Creux a été décisive : notre projet d’ensemble invite le public à découvrir un répertoire d’une grande poésie, privilégiant la profondeur et l’intériorité à la démonstration gratuite. Je pense, comme Fabrice Creux, que le public d’aujourd’hui attend aussi cela de la musique.
L’idée de Fabrice Creux est d’inviter des artistes pendant une semaine et de leur confier plusieurs concerts. C’est une formule innovante et très enrichissante. Pour le public, c’est l’occasion de découvrir des œuvres mais aussi des artistes : de concerts en concerts, tout au long d’un week-end, on retrouve des chanteurs et des instrumentistes, dans des répertoires différents, en ayant eu le temps de les rencontrer et d’échanger avec eux entre chaque concert, au cours d’une conférence ou autour d’un bon verre de vin !
L’exigence de la programmation, la fidélité du public qui en découle, le temps de présence des artistes et donc d’échange avec le public, la beauté des lieux de concerts, tout cela donne à Musique et Mémoire une identité vraiment originale. Le public et les artistes y sont très sensibles !
Ce répertoire révèle une richesse inouïe et surtout la possibilité de poursuivre l’aventure entamée par les pionniers de la musique baroque depuis les années 1970. C’est, en effet, un répertoire partiellement exploré, sur lequel il reste un travail colossal à accomplir. 40% de la musique de Charpentier n’a jamais été rejouée depuis sa création, et la musique des générations précédentes (1600-1660) a donné lieu à très peu de réalisations. Nous prenons donc le relais avec la même envie de chercher, d’expérimenter, de se remettre en question, et de proposer une lecture vivante de ce patrimoine au public d’aujourd’hui.
Notre dernier projet met en lumière l’un des plus grands compositeurs de musique sacrée du temps de Louis XIII : Antoine Boësset. Sa musique sacrée était inconnue jusque récemment, elle était pourtant sous nos yeux ! Après plusieurs concerts, nous l’avons enregistré pour le label Zig Zag Territoires et le disque paraîtra à la rentrée prochaine.
Il semble que la musique baroque souffre aujourd’hui d’un petit essoufflement… Peut-être que certains, musiciens ou auditeurs, pensent avoir fait le tour de la question ? Non ! Nous avons encore beaucoup de choses à faire connaître, à faire vivre. Le fait que Radio France ou d’autres institutions publiques prennent des distances avec les artistes porteurs de ces projets est très dommage : le public est curieux et demande à être associé à ces découvertes.
Avant de parler de ce qui nous manque, disons d’abord que nous avons une chance incroyable de faire ce métier, de pouvoir partager notre passion avec le public, de continuer d’enregistrer des disques, de faire vivre notre patrimoine musical, de travailler en troupe avec des artistes fidèles et passionnés, c’est déjà beaucoup !
Mis à jour : 27/06/2011
Remerciements : Fabrice Creux, Sébastien Daucé
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