Rencontre avec l'artiste Mohamed Bourouissa.
Auteur : Éloïse Bouton
Date de publication : 27/06/2011
Quartier Stalingrad, à l’heure de pointe. Au premier étage d’une rue animée du 10e arrondissement de Paris, Mohamed Bourouissa me reçoit chez lui. Les trémulations sonores de percussions et les éclats de voix de riverains retentissent dehors. Le silence qui règne dans l’appartement tranche avec l’effervescence extérieure.
Accessible mais réservé, Mohamed Bourouissa raconte ses débuts en tant qu’assistant de Kader Attia et ses premiers pas artistiques. Tout commence en 2002 avec un Pentax 24x36 et une série de clichés intitulée Châtelet les Halles. Depuis, invité dans le monde entier, cet artiste de 32 ans multiplie les œuvres, les expositions personnelles et collectives (Biennale de Venise 2011) et parvient à vivre de son travail depuis quatre ans.
Né à Blida au nord de l’Algérie, Mohamed Bourouissa arrive en France à l’âge de 5 ans. Il grandit à Courbevoie (92), bercé par des sonorités new jack et les rimes de M.O.P, EPMD, DelaSoul, DMX, Ludacris, l’esthétique des comics américains, de Dragon Ball Z et les films de Martin Scorsese.
C’est par le dessin que Bourouissa met un premier pied dans la création. Aujourd’hui encore, cela reste son médium "primitif", celui qui s’impose spontanément. Sa manière intuitive de travailler découle de concours de circonstances, de rencontres et d’envies du moment, tout comme le choix des média utilisés.
Diplômé d’un DEA d’arts plastiques à Paris 1, il découvre à l’université l’apprentissage théorique, mais aussi des artistes tels que Robert Morris, Richard Serra et Jean-Luc Moulène. L’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Paris l’amène ensuite à apprivoiser les techniques de la photographie. Puis, il s’initie à la réalisation de films et à la vidéo au studio national du Fresnoy.
Tout en continuant à explorer la vidéo (Temps mort, Légende, Boloss) et de nouveaux médias (scanning, impression 3D), le jeune artiste prépare actuellement un triptyque photographique commandé par la ville de Paris, mettant en scène un accident du travail. Il souhaite ainsi transcender le tabou de la dramaturgie de l’accident en le replaçant dans un contexte humain. "Mes photos sont des scénarios. Ce projet est une sorte de Radeau de la Méduse !".
Confronté à l’étiquetage ethno-socio-religieux et fréquemment estampillé "artiste arabe", Mohamed Bourouissa constate que ses origines semblent parfois légitimer son travail dans un pays où les préjugés racistes persistent. Dans une quête perpétuelle de l’intime, il sonde les tensions et les échanges qui meuvent les rapports humains afin de créer des ponts entre les individus pour mieux se trouver lui-même.
Mis à jour : 28/06/2011
Credits photos : Maciek Pozoga, Hugo Vitrani
Remerciements : Mohamed Bourouissa
Copyright : UNIVARTS © 2011 - Tous droits réservés
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