Jean-Luc Jeener, directeur du Théâtre du Nord Ouest à Paris.
Auteur : Éloïse Bouton
Date de publication : 01/12/2011
Au numéro 13 de la rue du Faubourg Montmarte dans le 9e arrondissement de Paris, un porche ouvert mène à une cour intérieure calme et sombre. Au-dessus de vitres éclairées, une enseigne clignotante indique "Théâtre du Nord Ouest". Quand on pousse la porte, on découvre un éclairage diffus et ambré et une odeur de vieille bibliothèque et de tabac froid.
Dans cette vaste salle aux murs ocre, se côtoient des objets qui confèrent au lieu chaleur et authenticité : des affiches et du mobilier d’époque, des canapés en velours, des sièges de théâtre, une petite loge qui fait office de billetterie et un bar spartiate mais convivial.
Dans une pièce adjacente, assis derrière un vaste bureau noyé sous un amoncellement de papiers, Jean-Luc Jeener, chaussé de lunettes, discute avec un comédien.
Jusqu’à fin décembre, le Théâtre du Nord Ouest propose une thématique intitulée "Camus, Sartre, De Gaulle et la politique" rassemblant plusieurs pièces et lectures. A cette occasion, le directeur du Théâtre du Nord Ouest est Hoederer dans Les Mains Sales de Jean-Paul Sartre. Licencié en théologie, fervent croyant et gaulliste, Jean-Luc Jeener trouvait amusant d’incarner ce personnage de vieux communiste et souhaitait montrer que "Sartre n’est pas qu’un philosophe gauchisant et théoricien. Ses pièces sont magnifiques car elles donnent raison à tout le monde ".
Au lycée, Jean-Luc Jeener joue dans Dom Juan et décrit sa rencontre avec le théâtre comme un coup de foudre amoureux. A l’âge de 18 ans, il fonde la Compagnie de l’Elan qui s'installe en 1986 à la Crypte Sainte-Agnès, sous l’Église Saint-Eustache. Il y met en scène une dizaine de spectacles dont Phèdre, Le Misanthrope, Le Cid et Le Roi Lear. Après s’être occupé du Théâtre 13, il rachète le Théâtre du Nord Ouest en 1997 et en fait l’un des derniers théâtres libres.
Il se consacre alors au théâtre d’incarnation, qu’il juge minoritaire en France et difficile à monter. "Certains auteurs tels que Xavier Durringer et Yasmina Reza permettent l’incarnation alors que Sophocle, Ionesco ou Rodrigo Garcia ne le permettent pas ".
Pour Jean-Luc Jeener, le théâtre d’incarnation s’avère essentiel dans notre société déshumanisée où le divertissement est devenu une obsession. Face au libéralisme triomphant, il ramène au réel, au sens même de la vie et recentre sur l’homme. "Les autres formes de théâtre présentent des archétypes humains. On sort l’avarice d’Hargapon et on la donne à voir ".
Bien que le Théâtre du Nord Ouest devienne difficilement rentable, Jean-Luc Jeener est attaché à son fonctionnement atypique et participatif, sans aucun salarié. Il se félicite de réussir à présenter Les Mains Sales et La Folle de Chaillot de Jean Giraudoux qui mettent en scène une dizaine de comédiens ou Nathan Le Sage de Gothold Ephraïm Lessing qui dure 2h40, sans aucune subvention de l’État et en dépit d’un redressement judiciaire. "Cette liberté est possible grâce aux comédiens, qui donnent du temps et de l’énergie et produisent les spectacles par leur talent et leur travail".
Directeur de théâtre, metteur en scène, comédien, écrivain et critique, Jean-Luc Jeener confie que le théâtre reste "tout ce qu'il aime". "J’ai toutes les vies, je fais toutes les rencontres, tous les voyages, quel plus beau métier au monde ? Le théâtre est le lieu de l’autre et quand on voit l’autre on se voit soi-même".
Théâtre du Nord Ouest
13 rue du Faubourg Montmartre 75009 Paris
01 47 70 32 75
www.TheatreDuNordOuest.com
"Camus, Sartre, De Gaulle et la politique" jusqu'au 31 décembre 2012
Prochaine thématique Jean Giraudoux du 6 janvier à fin juin 2012
Mis à jour : 03/12/2011
Credits photos : Frédéric Almaviva, Svend Andersen
Remerciements : Jean-Luc Jeener, Lionel Fernandez, Frédéric Almaviva
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